49 - § 1029 - à l’invitation de la revue ‘Etant donné / Marcel
Duchamp’ je rencontre, à son domicile, Jean Suquet,
49 1 Le lendemain de la veille,
49 1 1 une propriété archi-connue des lendemains : ils
sont distincts de la veille
49 1 1 1 c’est pourquoi on dit: ’c’est pas
demain la veille’
49 2 où j’ai bavardé un deuxième bavardage, assez oralement à la
peine à cause des ‘retour-chariot’s de la voix jusqu’au début des
longues parenthèses profondes
49 2 1 hésitant toujours sur la manière de les dire
49 2 1 1 et je crains d’avoir peut-être trop
hésité, indiquant que j’hésitais, disant qu’il
fallait que je remonte assez loin dans mes pages
pour retrouver le point d’inser... en parlant
ainsi quelle est la difficulté
49 2 1 2 je peux toujours expérimenter un autre
système dans un prochain bavardage
49 3 à l’invitation de la revue “Etant donné / Marcel Duchamp” je
rencontre, à son domicile, Jean Suquet, l’homme qui a chassé
49 3 1 comme on quête le Graal, ou la Bête Glatissant
49 4 presque une vie entière durant, dans les moindres recoins de
l’oeuvre, dans les tableaux, dans les Boîtes, et le Grand Verre,
“l’amour de loin” du poète de trobar clus MD pour l’évanouissante-
éblouissante- éclaboussure lumineuse au triangle obscur,
49 5 la Mariée-snark, Dame au senhal impénétrable
49 3 1 qualité propre entre toutes au senhal
49 3 1 1 qui révèle à ceux qui savent ce qu’il
cache eux qui ignore, tout en cachant quelque
chose autre que ce qu’il révèle et révélant
quelque chose autre que ce qu’il cache
49 3 1 1 1 le trobar a toujours
affaire a ’quelque chose autre’, à la
fois noir dans la lumière et lumineux
dans l’obscur
49 6 même
49 4 1 même, même
50 - § 1030 - Intimidé comme on l’est devant la passion et le
magnétophone
50 1 Intimidé comme on l’est devant la passion
50 1 1 et le magnétophone
50 2 je n’ose pas lui demander si, poursuivant la traque analogique
dans la Provence du début du treizième siècle, dans le climat du
trobar,
50 3 on serait autorisé à qualifier les fameux célibataires de
lozengiers
50 3 1 les ’médisants’ qui s’interposent entre la canso
et sa destinataire forcément cachée
50 3 2 si même
50 3 3 un troubadour étant toujours lozengier de
soi-même ....
50 3 3 1 et pas par bonté
50 3 3 1 1 senhal du médisant de
Joe Bousquet
50 4 je me repens de mon silence à mon retour
50 4 1 voyant ce que j’aurais pu mieux dire, dire en plus
50 5 et me promets de le réparer épistolairement au plus vite
50 5 1 aïe!
50 6 cependant j’ai répondu par écrit d’avance à dix-huit questions
écrites et
50 6 1 attrapant par les cheveux l’occasion qui m’était
offerte par la question
5 50 6 1 1 répondant en fait plutôt à côté,
quoique
51 - § 1031 - Dans un cas, j’ai assez longuement reproduit une série
de remarques,
51 1 Dans un cas, j’ai assez longuement reproduit une série de
remarques, prélevées dans une masse de remarques de poétique que
j’accumule depuis des années, par tranches de 317
51 1 1 ordonnées de manière purement chronologique et
numérotées comme instants successifs de méditation
instantanée
51 2 de thème général ’Duchamp et l’Oulipo’
51 2 1 je ne fais qu’un prélèvement des plus récentes; les
plus anciennes ne sont pas très éloignées du moment de mon
entrée à l’Oulipo
51 2 1 1 où la présence absente de Duchamp me
fut surprise
51 2 1 2 le lecteur
51 2 1 2 1 je profite de l’occasion
51 2 1 3 est invité à consulter, à propos de
Duchamp, les travaux de Paul Braffort,
(de l’oulipo)
51 3 gardant la numérotation de mon registre de remarques, mais en
la préfixant de lettres, sans réordonner, en séquence, comme suit
51 3 1 intercalant maintenant
51 3 1 1 écritement, s’il y a lieu, puis
oralement, au moment de bavarder dans le
séminaire
51 3 2 commentaires s’il faut
51 3 2 1 éclaircissements, corrections s’il le
faut
51 3 2 1 1 mais sans argumenter
51 4 Quelques remarques
a - 3805 – Au vingtième siècle, il y eut un rêve: être à soi seul
toute l’avant-garde (Rêve de Breton, de Sollers, de Debord, etc.).
a 1 - et de quelques nombreux autres de plus ou moins gros
acabit. Etre l’avant-garde, être seul l’avant-garde; être
l’avant-garde avant tous les autres. Comme disait dada:
“il y en a qui ont antidaté leurs manifestes pour faire
croire qu’ils avaient eu plus tôt que d’autres l’idée de
leur propre grandeur”
a 2 - il n’est jamais mauvais de relire les
Sept Manifestes Dada, de temps à autre
a 3 – d’ailleurs, Duchamp fut d’abord dada; surréaliste
seulement par convenance, paresse, et malentendu
b - 3806 - La forme d’expression de ce rêve qui fut celle de Breton
(et des autres) est la forme naïve, grossière. La forme la plus
élégante fut celle de Duchamp.
– b1 - on citera aussi, dans un autre registre d’élégance,
plus visiblement mégalomane pour ceux qui savent, mais
resté caché par l’ignorance du siècle, le projet général
de François Le Lionnais
- b 1 1 - dont le nom est absent du
Robert des noms propres comme du Larousse 2000!
c - 3815 - Le projet-valise de Duchamp 1938 (‘an album of
approximately all the things I have produced’ (Lettre à Katherine
Dreier de 1935)) l’apparente au projet dit ‘Mnémosyne’ de Warburg.
Mais c’est un projet d’auto-Mnémosyne.
- c 1 – pour le projet Mnémosyne, voir, dans le même
ouvrage, le mien, le chapitre 1 de la branche 5
d - 3816 - Avec l’invention des Ou-x-pos, F.L.L. (François Le
Lionnais) outduchamped Duchamp.
- d 1 - j’ignore si, chez FLL, il s’agissait d’un acte
conscient de surenchère
e - 3817 - F.L.L. fut un Duchamp-Douanier Rousseau.
- e 1 – en écrivant la remarque –e – j’optais pour
l’hypothèse d’un FLL relativement naïf. J’en suis moins
sûr aujourd’hui, étant peut-être moins naïf moi-même; d’où
– d 1 -
f - 3818 - F.L.L = François le Duchampi.
- f 1 – même commentaire qu’en - e 1
g - 3819 - Que les readymades sont des readymade-in-France, plus
exactement in French.
- g 1 – je dirais plutôt maintenant ’frenchglish’
h - 3820 - Ces remarques (3815-3819) sont des impropperisations de
Duchamp.
- h 1 – Popper, proper; propp; proppositions
infalsifiables; poppers des ciné-pornos de stupéfiant
image etc.
i - 3821 - ’Duchamp’ contre les pompiers: l’abstract expressionism.
- i 1 – réflexion peut-être excessive; je n’en vois plus
trop d’ailleurs la pertinence; et il y a tellement
d’autres pompiers contemporains
51 5
j - 3822 - Duchamp n’est pas un artiste; n’est pas un non-artiste;
n’est pas un anti-artiste. Duchamp est un non-non-artiste.
- j 1 – je sais que je vais là contre les idées reçues
en matière duchampienne, et contre de nombreuses
déclarations de duchamp soi-même; mais cette hypothèse qui
me parait être les seule à mettre en accord des attitudes
qui peuvent paraître contradictoires. Ce n’est pas que des
contradictions soient impossibles dans son cas. On peut
penser aussi à des variations dans le temps.
Cependant ....
k - 3823 - Ce que fait Duchamp est relevant; ce n’est jamais du ex
falso quodlibet.
- k 1 – tout sauf ‘anything goes’, que certains artistes
néo-duchampiens ont élevé au rang de dogme
l - 3824 - L’art de Duchamp est plutôt une cosa tilleul-menthale.
- k 1 no comment
m - 3825 - Duchamp procède d’Alphonse Allais. D’où, en remontant, du
poète passionné de machines par essence célibataires (phonographe,
photographie en couleur, mécanismes pour la communication avec les
planètes), Charles Cros
- m 1 l’intérêt connu de D. pour Alphonse Allais a fixé
excessivement l’attention sur l’aspect ‘eu de mots ’. Mais
il ne faut pas oublier l’Allais expérimentateur, ami du
découvreur du fluor et futur prix Nobel, l’Allais
inventeur des monochromes
- m 1 1 qu’il traite ’à la duchamp’ en leur
adjoignant des titres
- m 2 ainsi que de différentes machines, comme celle qui
aurait enlevé au caoutchouc ’son élasticité qui le rend
impropre à tant d’usages’.
n - 3826 - Readymades incompréhensibles hors de Rrose Sélavy
(oeuvres)
- n 1 reprise d’un thème que j’avais déjà abordé à de
nombreuses reprises dans des remarques antérieures:
l’intervention du langage, plus spécialement du
‘frenchglish’; et la part prépondérante, dans les deux cas,
du ‘langage cuit’
- n 2 expression du Desnos duchampien
- n 2 1 on remarquera que Desnos est le seul,
parmi les surréalistes à ne pas s’en tenir à
l’intérêt que peut présenter Duchamp pour le
press-book de la secte, mais à suivre réellement
son exemple, en poésie
- n 2 2 c’est très exactement ce qui s’est passé
avec Roussel. A la différence de Breton, Desnos
s’est vraiment passionné pour ce qu’écrivait
l’auteur des Impressions d’Afrique
o - 3827 Rrose Sélavy (dits): des readymades de langue.
o 1 – les manipulations du langage cuit s’apparentent à la
cuisine de matériaux dans la fabrication des objets
manufacturés
o 2 un exemple rapporté par Mina Loy:
in étant donné Marcel Duchamp n°1 p.82 Un jour de 1917
Mina Loy vint … occuper la place entre Arthur Cravan,
qu’elle apellait le Colosse, et Marcel: “Si le colosse était
balourd, Marcel avait la facilité d’un prestidigitateur; il
savait glisser sa main sous le corsage d’une femme et la
caresser avec une extrême distinction. On peut dire,
commença-t-il, son beau visage aérodynamique pressé contre
le mien, Madame, vous avez un joli caleçon de satin. On ne
peut dire, conclut-il avec un baiser saugrenu, Madame, vous
avez un sale con de catin ”.
o 2 1 - la permutation des consonnes donne:
c-s-s ---> s-c-c; pas vraiment une contrepèterie.
mais la visée est bien la même: on dit – on ne
dit pas.
51 6
p - 3828 La création majeure de FLL: l’Oupoumpo. Par Oupoumpo
entendons (métaphoriquement et métaeuphoriquement) la ’limite
inductive’ (en un sens purement métaphorique, je le répète) des
ou-ou-....- x - ....-po- .... - po pour tous les ’x’, (supposés
munis de transformations adéquates d’un ’x’ vers un autre).
- p 1 je pense nécessaire de modifier la définition reçue
de l’ou-x-po que le Collège de Pataphysique, récemment
désocculté, semble vouloir faire servir à ses fins propres.
Elle n’envisage en fait les ou-x-pos, pour des ’x’ variés
et par ailleurs quelconques, que comme une collection
disparate, dont le seul point commun est une idée assez
vague de la potentialité
- p 1 1 - et souvent, comme c’est le cas avec
l’Oucinépo purement pataphysique
- p 2 et l’emprunt, par simple transposition, de
techniques oulipiennes, choisies parmi les plus anciennes
et les plus simples.
- p 3 or, il est clair qu’un ouvroir de ’x’ ne peut avoir
d’intérêt que si deux conditions sont satisfaites:
- les contraintes mises en oeuvre doivent être
choisies en fonction des besoins propres au ’x’
envisagé
- le système de contraintes de l’ou-x-po considéré doit
être la particularisation au cas ’x’ d’une conception
générale, universelle de la potentialité.
- p 4 Les principes de cette con ception, qui servira de
base à l’0upoumpo, ne sont pas en fait encore dégagés.
- p 5 une autre condition serait propre à l’Oupoumpo,
considéré comme ’coiffant’ les différents ’ou-x-po’s: il y
aurait des liens entre les ’ou-x-po’s, de métaphoriques
’morphismes de transition’.
- p 6 Le matériau de base pour la théorie de la
Potentialité Universelle ne se trouve guère, pour le
moment, que dans l’Oulipo, puisque les autres ouvroirs,
créés après lui, sont encore trop à son image. On n’a donc
aujourd’hui qu’une ébauche fort grossière d’Oupoumpo.
q - 3829 ’Duchamp’ contre les pompopulpiers: Warhol, for instance.
- q 8 Il se prend bien trop au sérieux. Il n’est pas à
prendre au sérieux. Duchamp, au contraire, ne se prend pas
au sérieux; est à prendre au sérieux.
r - 3830 Par ’Duchamp’ entendons une certaine abstraction-
modélisation du Marcel Duchamp bien connu, plutôt éloignée de celle
qui prévaut dans le marché et la pensée de l’art contemporain.
- s 3831 Je devrais noter ce que je viens de noter ’Duchamp’
DuDuchamp (comme on dit la Lalangue).
- s 1 - comme la LaLangue, le DuDuchamp est assez
difficile à saisir; il a un côté ’boojum’ il me rappelle
Duduche, fille de Duchat, chat (en fait chatte) de Georges
Perec, qui fut la chatte de ma soeur. Quand une main
quelconque non autorisée tentait de la caresser, elle ne
griffait pas, ne protestait pas, mais creusait tellement
l’échine qu’il était strictement impossible de la
toucher; geste qu’elle accomplissait dans l’impassibilité
et avec une politesse parfaite, très duduchampienne
- t 3832 (rem. 3825. 3828) DuDuchamp annonciateur de l’Oupoumpo.
- t 1 le projet oupoumpien de Potentialité Universelle
devra prendre en compte DuDuchamp.
- t 2 la pataphysique, alors, y trouvera sa vraie place
- t 2 L’oupoumpisme implique un oulipisme radical.
- u 1 un aspect de l’oulipisme radical: séparer, dans
l’examen de chaque contrainte, ce qui est généralisable en
dehors des arts de la langue de ce qui ne l’est pas. Plus
particulièrement, pour toute contrainte qui est
spécifique aux langues, examiner quelles langues peuvent
l’accueillir, quelles pas.
- u 1 1 la question se pose, par exemple, pour
le lipogramme; de manière bien plus grave pour
le S+7
- v 3834 L’Oupoumpo, complété et corrigé par DuDuchamp, relativise
la part de naïveté dans la conception native de l’Oulipo (peut-être
influencée par le mot’ littérature’).
- v 1 je ne suis pas certain, à vrai dire, de la présence
d’une telle ’naïveté’ chez les co-fondateurs. Il me semble
bien qu’elle est au fond de la démarche de FLL. Il en
résulte qu’il ne voit pas toute la portée de son
invention.
- v 1 1 nous, ses disciples, nous voyons plus
loin? Hum. La naïveté est peut-être chez nous.
- w 3840 L’idée du readymade fut une anticipation de la
potentialité
52 - § 1000 - L’idée du readymade fut une anticipation ironique de
la potentialité oulipienne
52 1 L’idée du readymade fut une anticipation ironique de
la potentialité oulipienne
52 1 1 c’est à dire contenant déjà une critique implicite
de quelques-uns de ses espoirs les plus démentiels
52 2
- x 3845 Les ’boîtes’ de Duchamp visent à la reproductibilité. Mais
ce n’est pas la reproductibilité mécanique pensée par Benjamin. Il
s’agit d’une reproductibilité de luxe.
- y 3899 Le Grand Verre est avant tout un language-game.
- y 1 enfin presque. Mes remarques dépassent parfois
une pensée pas trop nette.
- z 3900 Sur la tombe de Duchamp: ’D’ailleurs, c’est toujours les
autres qui meurent’. Le mot important est ’d’ailleurs’.
- z 1 il a le même statut que le fameux ‘même’
- aa 3901 Aux néo-duchamps on dira: du champ! du champ!
- ab 3902 (rem. 3822; ici ’j’) Ajoutons: ...n’est pas un peintre.
52 3
- ac 3942 Duchamp travaille dans les arts du langage.
- ac 1 là c’est trop faible: il travaille avant tout les
arts du langage
52 4
- ad 3943 Mr T. (le biographe de Duchamp) ne sait pas que Duchamp
fait partie de l’Oulipo. Il ne peut pas comprendre Duchamp.
52 5
- ae 4081 - Duchamp: le titre est le nom propre de l’oeuvre d’art.
see remarque sur Laforgue.
- ae 1 il dit quelque part que ce sont surtout les titres
de laforgue qui lui plaisaient.
- af 4082 - Duchamp: la part non caduque de son oeuvre, je veux dire
qui n’est pas prise encore dans l’histoire de l’art, est
l’anticipation de l’Oulipo.
- af 1 et de quelque chose qui généralise l’oulipo:
l’Oumpoumpo
- af 2 ceci dit les oeuvres elles-mêmes ne sont pas
’caduques’ du fait d’avoir été absorbées par le mouvement
de l’art. je retire ‘caduque’.
52 6
- ag D. est un PL(agiaire)(par)ANT(icipation) de l’Oulipo.
(j’appelle ça un PLANT)
- ah 4083 - Ready-made: genre poétique.
53 - § 1033 - Tous les mots sont des ready-made.
53 1
- ai 4084 - Tous les mots sont des ready-made. Queneau souligne le
fait dans Le Chiendent.
- ai 1 Dictionnaire et Catalogue de Manufrance: même
combat
- aj 4085 - Langage cuit dans le faitou des poèmes.
53 2
- ak 4086 - Duchamp croyait dur comme fer à l’idée la plus convenue
de l’art et de la littérature. Croire que ce qu’il fait est de
l’anti-art ou de l’anti-littérature est un contre-sens. Il
continue l’art et la littérature par d’autres, nouveaux moyens.
- ak 1 FLL et Queneau n’ont pas fait cette erreur. Il est
vrai qu’ils étaient avertis par la catastrophe
surréaliste.
53 3
- aL 4091 - Le tout-fait dans le fait-tout (ou faitout; mot daté
1900 par le p.robert de 1970)
- aL 1 langage cuit à l’est-tout-fait.
- am 4093 - Duchamp (DuDuchamp) met la littérature (plus exactement
la littérature sous contrainte), au-dessus de l’art. Il soumet l’art
à la littérature.
- am 1 voir plus haut
- an 4094 – MD: préfiguration de FLL.
- ap 4095 - MD: un peu dandy, un peu farce (dandy-Dandin)
- aq 4096 - Dans la situation de tradition, un mètre, une forme
poétique sont des ready-made de poésie.
- aq 1 mais qu’est-ce qu’un ready-made pris d’un objet
manufacturé désuet? Ou pire, entièrement disparu? Tel est
le statut d’un mètre abandonné.
53 4
- ar 4098 - (note de 1913 in Boîte Blanche: “peut-on faire des
oeuvres qui ne soient pas d’art?”) encore l’idée ’bateau’ de l’art.
- ar 1 jeu sur l’ambiguïté oeuvre-art. On peut dériver
vers: tout est art. ou bien: rien n’est art
- as 4099 - readymade: ’raie des vierges’, i-e l’objet qui n’est pas
encore une oeuvre.
- as 1 voilà que je me laisse aller à du jeu de mots,
pratique que je serais tenté de ne pas recommander quand
il est question de Duchamp.
- as 1 1 pareillement, éviter des constructions
du type ’x est x est x est x ’, à propos de
Gertrude Stein
- as 1 1 1 surtout quand on oublie que
la formule steinienne est: ’A rose is
a rose is a rose is a rose’, avec trois
roses à droite du prédicat.
53 5
- as 4100 - André Gervais, classant les readymades, distingue
’titrés’ et ’sans titre’. Mais ils sont toujours titrés, par leur
nom générique. S’il y a un titre spécifique explicite, readymade est
alors le sous-titre. Le titre peut être indirect (cas du
porte-bouteilles ou hérisson). C’est aussi ce qui se passe avec le
sonnet; avec toute forme poétique.
53 6
- at 4101 - Définition du readymade par MD - mai 1960:
“Un ready-made: d’abord, c’est le mot que j’ai pris pour désigner
une oeuvre d’art qui n’en est pas une, autrement dit qui n’est pas
une oeuvre faite à la main, fait par la main de l’artiste. C’est une
oeuvre d’art qui devient oeuvre d’art par le fait que je la déclare
ou que l’artiste la déclare oeuvre d’art sans qu’il y ait aucune
participation de la main de l’artiste en question pour la faire.”
– This is not true. La main de l’artiste est dans le titre, dans la
signature; elle est partout. Le reste, l’objet, a le même statut que
la couleur dans la peinture de chevalet.
- au 4102 Déf du readymade d’oct 63: “... not the act of an artist,
but of a non-artist, an artisan if you want”. Certainement pas ‘a
non-artist’. ‘Artisan’, of course, see Oulipo.
- au 1 - qui lui-même renvoie aux Rhétoriqueurs, qui se
disent ’facteurs’, fabriquants; et aux Troubadours.
Ouvroir, ouvrage d’art.
54 - § 1034 - Les torche-culs de Gargantua sont-ils des readymades?
54 1
- av 4103 - Les torche-culs de Gargantua sont-ils des readymades?
- aw 4104 - (4101=at) D’ailleurs le titre est décrit par Duchamp
comme une ’couleur invisible’.
54 2
- ax 4105 - Une photographie est un readymade d’un morceau de monde:
la main de l’artiste est décisivement impliquée dans le choix du
morceau.
- ax 1 La manufacture l’est dans la découpe arbitraire
du négatif
- ay 4106 - La démarche duchampienne est une réaction tardive de
l’art à l’invention de la photographie.
- ay 1 il y a eu, il y a l’imitation de
l’art par la photographie, l’imitation de la photographie
par l’art; l’imitation par la photographie de l’art
imitant la nature; l’imitation de la photographie par la
nature, et tant d’autres manières. La stratégie
duchampienne consiste à prendre la photographie comme
créant des ready-mades du monde.
- az 4107 - Le moment de la prise d’objet qui va faire un readymade
est une illumination. Devenu oeuvre d’art littéraire, il
s’accompagne d’une ombre portée par cette illumination. Cette ombre
l’accompagne au cours de sa vie d’oeuvre. Des photographies peuvent
la saisir en un de ses états. (see note de la Boîte verte)
- az 1 i can’t remember which. But it’s there.
- ba 4110 - Quand, du premier readymade reconnu tel après coup, la
roue de bicyclette sur tabouret, Duchamp dit, longtemps après, “je
ne voulais pas en faire une oeuvre’ ou encore’ ”je ne l’appelais pas
une ’oeuvre d’art’ ’, il montre seulement qu’il conserve peut-être
toujours l’idée reçue de l’art.
- ba 1 et de toutes façons, si telle était bien au fond
son intention, il n’a pas réussi.
- ba 2 et il est parfaitement normal de considérer un ready-made
comme une oeuvre d’art.
- bb 4111 - La ressemblance familiale des readymades duchampiens:
ce sont des artefacts matériels
- bb 1 Duchamp, interview de 1965 in Fin n°6
juin 2000: “tous ces ready-made, en somme, sont assez
différents l’un de l’autre ... tellement différents qu’il
n’y a pas, si vous voulez ... un air de famille entre
eux ..”. Well! Je dirais, au contraire qu’il y a un air
de famille extrêmement accusé: c’est la famille
‘ready-made’. Il y a plus de ressemblance entre eux
qu’entre deux tableaux de plate peinture, même du même
peintre, même du même ‘sujet’ par le même peintre
- bc 4112 - (généralisation d’une remarque de H.P.Roché). Les
readymades sont des objets de méditation.
- bc 1 - différence entre le mot dans un dictionnaire et
le même mot dans un poème
54 3
- bd 4112bis Extension du domaine de l’Oulipo: les readymades, par
exemple. Comment? En considérant que les readymades sont de la
langue laputienne.
- bd 1 Swift est un PLANT (Plagiaire par Anticipation)
de Duchamp
- bd 1 1 j’ai choisi l’abréviation PLANT pour
indiquer que les plagiats par anticipation sont
mis où ils sont, en attendant d’être reconnus pour
ce qu’ils sont: des oeuvres oulipiennes.
54 4
- be 4122 Quand Duchamp travaille pour le surréalisme, dans les
années trente à cinquante, il n’est pas à sa propre hauteur.
Pourquoi? Parce qu’il prend des oeuvres, comme les ready-mades, qui
n’ont rien à voir avec le surréalisme et en fait de l’art
surréaliste. Le geste qui transformait l’objet non artistique en art
devient un geste qui banalise le geste qui inventait le ready-made.
- be 1 ce que les surréalistes peuvent accueillir dans le
ready-made, c’est le geste avant-gardiste de destruction,
donc l’aspect aujourd’hui le plus dépassé de la démarche
- be 2 je suis peut-être excessivement sévère. On peut
aussi considérer que Duchamp fait avec ce qu’il a, c’est à
dire le soutien des surréalistes, même s’ils ne saisissent
pas vraiment le sens profond de sa démarche.
54 5
- bf 4123 Un poème composé par moi, inspiré de Duchamp:
Poem beginning *
- bf 1 dans l’OULIPO-Compendium, belle présentation-
anthologique de l’Oulipo, en anglais, sous la direction de
Harry Mathews (de l’oulipo) est reproduit un poème en
prose oulipien de Duchamp, The, ’written directly in
English’, ’et accompagné de l’instruction suivante “:”
replace each* with the word: the’
- bf 2 voici le début du poème:
- bf 3
“The
If you come into * linen, your time is thirsty because *
ink saw some wood intelligent enough to get giddiness from
a sister.
- bf 4 le texte de mon poème, dont seul le titre figure en
- bf 4123 - est le résultat de la substitution d’un * à
chaque occurrence des lettres consécutives t-h-e dans un
poème de Zukofsky. Je vous offre les vers 1 à 7
- bf 5
1 *
2 Voice of Jesus I. Rush singing
3 in * wilderness
4 A boy’s best friend is his mo*r,
5 It’s your mo*r all * time.
6 Residue of Oedipus-faced wrecks
7 Creating out of * dead
..............................................
- bg 4124 L’effet de recul, d’imperfection (4122) est accentué par
l’incompréhension véritablement bovine de Breton. Pour lui, Duchamp
ne fonctionne que comme réclame (pub).
- bg 1 Jean Suquet me fait remarquer, (le 18/11/2000)
à juste titre, que je faisais là de l’anti-bretonisme
grossier, primaire et sommaire. Dont acte.
- bh - 4125 ready-once-made
- bh 1 tant d’années après, les ready-made sont comme
les peignes de Cléopâtre: si loin, si étranges
- bi 4126 rm (ready-made)=photo en dimension 3
- bj 4127 Le ’millimètre final’, où est l’art: la signature.
- bk 4128 qui dit duchamp dit ready-made; réciproquement qui dit
ready-made dit duchamp. Y a-t-il d’autres rm s que de duchamp?
- bk 1 projet: faire de tous les objets du monde des r.m:
les titrer, les signer.
- bL 4129 En droit, tout rm est de duchamp.
- bL 1 comme on peut dire: tout sonnet est un sonnet de
Pétrarque
- bm 4130 Duchamp s’est approprié le monde manufacturé, en tant que
composé d’oeuvres d’art.
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- bn 4131 La polémique à propos de l’autorisation massive de
répliques de rm s par duchamp est comique. Mais sa réponse, ou son
refus de réponse, comique aussi. En fait, il n’a pas su ou pas voulu
répondre sérieusement. Duchamp devait répliquer ses rm s. Sinon, ils
cessaient (avec le temps (4125)) de conserver leur propriété
distinctive, qui est contradictoire.
- bo 4132 Soit petit-a un objet du monde manufacturé. Soit
rm(petit-a) son ready-made, c’est-dire ’petit-a + authentificateur’.
Rm(petit-a) est une oeuvre d’art. Mais, selon Duchamp c’est, aussi,
une non-oeuvre d’art. Il a raison. Mais Si non art, on peut la
ready-madiser. On réplique. Et c’est alors la réplique,
rm(rm(petit-a)) qui devient oeuvre. L’opérateur rm peut être
appliqué plusieurs fois. Le rm doit être répliqué. Sinon, il n’est
plus qu’une oeuvre d’art.
- bp 4133 Avant d’être réplique, un rm doit être dupliqué:
c’est sa propriété de non-oeuvre d’art qui le veut. Une duplique
authentifiée devient une réplique.
- bq 4134 La réplique, qui provient du traitement ready-made
lui-même comme objet manufacturé par l’intermédiaire des dupliques
(qui devraient être nombreuses), n’est pas le contrafactum, qui est
une nouvelle version du ready-made.
- br 4135 Le rm témoigne d’une haine de la photographie.
- bs 4136 Nul ready-made n’est plat.
- bs 1 que je sache
- bt 4137 Je parcours la liste des ready-mades. Je n’y vois ni
tapuscrit, ni imprimé.
- bu 4141 j’apelle (sic, pas une faute d’orthographe) ça ready-made.
- bv 4142 Pourtant rien de plus ’manuel’ que la signature. C’est là
tout le contraire de ’se couper les mains’. C’est le minimum absolu
de ce qu’on peut garder, et en cela Duchamp pouve qu’il ne peut pas
’oter ses mains’.
- bw 4143 Dans l’inframince passe la langue.
- bx 4146 Gilbert Lascault: “qui parle de Duchamp ne doit jamais
rejeter un jeu de mots possible’. Hum. Bien au contraire “... ne
devrait accueillir un jeu de mots qu’avec d’extrêmes précautions”.
- by 4147 Thierry de Duve, définition du ready-made: ’c’est une
oeuvre d’art réduite à l’énoncé” ’ceci est de l’art’ ’. Non. C’est
une oeuvre d’art de poésie.
- by 1 pas de littérature: de poésie
- by 2 la poésie doit avoir pour source la vérité pratique